Témoignages

Manœuvre sur machine – Témoignage, Simone Weil

Pénibilité de la tâche au poste de travail d'un four industriel - Témoignage de la philosophe Simone Weil - La pratique éprouve la théorie

Simone Weil est une philosophe française née en 1909 et morte en 1943.

Agrégée de philosophie à 22 ans, 1931, elle ne peut se contenter d’une approche purement théorique de la question du travail et de celle de la condition ouvrière.

Il lui faut éprouver la réalité des choses.

Ainsi en 1934, elle se fait embaucher comme « manœuvre sur la machine » dans une usine. De cette expérience, un livre sera tiré : « La Condition ouvrière » composé d’un « Journal d’usine » qu’elle tient au jour le jour et d’une série de textes.

Ce témoignage est particulièrement intéressant, d’une part sur les courants politiques et idéologiques d’alors, mais, surtout, sur les conditions de travail décrites par la philosophe à une époque où la prévention des risques professionnels et la notion de pénibilité étaient quasiment inexistantes.

Pour en apprendre un peu plus sur Simone Weil, la page Wikipedia qui lui est consacrée.

Le livre, « La Condition ouvrière » est accessible en ligne, notamment sur le site des Classiques de l’Université de Québec.

Dans l’extrait ci-dessous, sont mis en évidence la pénibilité de la tâche (cadence, posture, forte chaleur, bruit) et les stratégies de rattrapage (tours de main) développées par les ouvriers pour compenser la situation.

Ce dernier point est particulièrement intéressant et important, car c’est presque toujours, et encore de nos jours, que la meilleure prévention passe par l’action collective (les EPC sont préférables aux EPI par exemple) et le développement d’une culture de la sécurité et de la prévention chez les intervenants.

[…] Mercredi 2. – […] four.
Travail très pénible : non seulement chaleur intolérable, mais les flammes vont jusqu’à vous lécher les mains et les bras. Il faut dompter les réflexes, sous peine de louper… […]
Je dispose de 8 heures.
Four. Le premier soir, vers 5 h, la douleur de la brûlure, l’épuisement et les maux de tête me font perdre tout à fait la maîtrise de mes mouvements. Je n’arrive pas à baisser le tablier du four. Un chaudronnier se précipite et le baisse pour moi. Quelle reconnaissance, à des moments pareils ! Aussi quand le petit gars qui m’a allumé le four m’a montré comment baisser le tablier avec un crochet, avec bien moins de peine. En revanche, quand Mouquet me suggère de mettre les pièces à ma droite pour passer moins souvent devant le four, j’ai surtout du dépit de n’y avoir pas songé moi-même. Toutes les fois que je me suis brûlée, le soudeur m’a adressé un sourire de sympathie.
Jeudi 3. – […] four.
Nettement moins pénible que la veille, malgré un mal de tête violent dès le réveil. Ai appris à ne pas tellement m’exposer à la flamme, et à courir peu de risques de louper. Très dur néanmoins. Bruit terrible des coups de maillet, à quelques mètres. […]

Simone Weil, La condition ouvrière.

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