Témoignages

Quand le travail tue aussi l’entourage – Témoignage autour de l’amiante

Le travail fait vivre et le travail tue. Le travail d'une personne peut faire vivre une famille, mais il peut la tuer aussi. Un témoignage autour de l'amiante.

Nous avons récemment retrouvé un vieil article du Daily Mail de novembre 2006 :

« How cuddling my grandad left me dying from cancer« .

« Comment je meurs du cancer à cause de l’affection pour mon grand-père« 

Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Cet article nous présente Michelle Campbell dont le cas avait connu une forte couverture médiatique. Cela se passe en Angleterre mais les enseignements sont applicables partout.

Le grand-père de Michelle, Charles Frost, était employé comme ouvrier pendant 30 ans sur les chantiers de construction et de réparation navales de Portsmouth. Il a pris sa retraite en 1975.

A l’époque, petite fille, elle allait souvent en fin de journée rejoindre ses grands-parents chez eux. Elle jouait alors avec son grand-père, grimpant sur ses genoux et chacun se témoignant les marques d’une affection mutuelle.

Mais…

Charles passait ses journées au contact de l’amiante : flocage, calorifuge, laine. Arracher, porter, jeter, remettre en place, ajuster, pousser, tasser, couper, coller et ce sont des millions de fibres qui s’envolent. Des fibres qui se déposent dans les poumons, qui se prennent dans le tissu des vêtements, qui se collent à la peau dans la sueur du travail. Et c’est comme un nuage permanent, une ambiance de tous les instants autour de Charles.

C’est cette ambiance qui a pris Michelle, dès son plus jeune âge elle s’est retrouvée ainsi exposée à l’amiante que son grand-père rapportait avec lui à la maison. La dangerosité de l’amiante était connu mais il n’y avait pas de mesures de prévention en place car il n’y avait ni obligation ni communication sur le sujet. L’amiante était le matériau miracle. Les gens gardaient leurs vêtements de travail pour rentrer chez eux. Sous-informés, ils ne voyaient aucun problème à cela. De même, les troubles respiratoires constants du grand-père ont été mis sur le compte d’une faiblesse « pulmonaire constitutive » et d’une prédisposition aux bronchites. Sa mort d’une pneumonie en 1992 n’a alerté personne, il faut dire qu’il avait 81 ans, les gens ont peut-être trouvé qu’il avait fait son temps ?

Un mésothéliome sévère et très évolutif se déclare chez Michelle 40 ans plus tard à l’étonnement général: Michelle n’a pas eu de carrière professionnelle au contact de l’amiante. Mais le mésothéliome est alors connu pour faire des ravages chez anciens employés des chantiers navals. Michelle fait alors le rapprochement.

Elle intente une action en justice pour le préjudice subi contre l’employeur de son grand-père, le Ministère de la Défense.

Part of me thinks I’m lucky because having cancer has made me appreciate the little things in life. You live in dread of hearing you have got cancer, but when you get over the initial shock you just got to terms with it. There’s no point being angry because it’s not going to change anything.

C’est la première action de ce genre et elle est couronnée de succès : jusqu’alors il n’y avait d’actions engagées que par les personnes ayant un lien direct, généralement les épouses qui s’occupaient de laver les habits de leurs maris. Michelle a ouvert la voie aux poursuites transgénérationnelles. Le Ministère de la Défense est condamné à verser £145,000 à Michelle. A la date de l’article, il ne reste plus à Michelle que 18 mois à vivre.

En 2006, 2 000 personnes étaient diagnostiquées atteinte d’un mésothéliome chaque année. Mais compte-tenu de la latence de la maladie (40 ans après l’exposition en moyenne), le nombre de diagnostics ne pouvait qu’augmenter. Les experts prédisaient alors que le pick de diagnostics serait atteint en 2020.

C’était il y a 14 ans, aujourd’hui nous sommes en 2020 et le problème est devant nous

(2 commentaires)

    1. Bonjour,
      Merci pour la lecture.
      En effet c’était prévisible, dans une certaine mesure, mais le contexte de l’époque rendait l’information beaucoup moins accessible, les prises de conscience n’étaient pas encore faites et certaines pratiques, même mauvaises a posteriori, étaient très répandues et elles étaient alors considérées comme normales.
      Cela ne remet pas en cause la gravité des faits bien-sûr.
      L’expérience passée doit servir d’enseignement pour éviter que cela se produise de nouveau.
      D.

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