Témoignages

Souffrance au travail – Témoignage de Maxime, 27 ans, électricien

"C’est terrible on s’habitue à tout, on finit par tout accepter même l’inacceptable. C’est ça la souffrance au travail. " - Témoignage

A l’occasion du récent article « Souffrance au travail : témoignage d’une libération« , nous avons reçu dans les commentaires le témoignage de Maxime.

Son témoignage est suffisamment représentatif de certaines situations pour que nous le publions sous la forme d’un article.

Le contexte

Maxime travaille dans une société d’assistance technique et les modalités de son emploi génèrent des difficultés personnelles et sont sources de souffrance.

A ce stade de son témoignage Maxime a réalisé ce qui le fait souffrir dans son travail (organisation, éthique, conditions de travail, salaire, reconnaissance) et il s’est engagé dans une démarche de préservation. Nous lui souhaitons qu’elle aboutisse rapidement.

Nous le redisons, surmonter les situations de souffrance au travail passe par plusieurs axes : travailler sur celui de l’organisation et de l’environnement et travailler sur soi-même.

Le travail sur soi-même est indispensable pour sortir du déni éventuel.

En effet, le risque étant que dans une situation à problème, la personne dans sa souffrance aboutisse à confondre sans nuance le problème avec sa propre personne. C’est ce qui conduit à diverses pathologies, physiques ou psychologiques et malheureusement au suicide.

Ci-après le témoignage de Maxime livré tel nous l’avons reçu, nous rappelons qu’il réagit à l’article « Souffrance au travail : témoignage d’une libération« .

Dominique CECCHINI


Témoignage de Maxime, novembre 2019


Des marchands de viandes c’est exactement ça !!

Bien vu aussi le prix de vente au kilo !

Cela décrit exactement la situation, je travaille pour une boîte d’AT et je suis projeteur-préparateur en électricité, cela fait 5 ans maintenant que je fais ce boulot, et cela devient insupportable !

J’ai tout de suite été recruté lorsque je suis sorti de mon DUT et j’ai été envoyé chez un client. Durée du processus de recrutement : 2 jours. J’avais mis mon CV sur un site, la boite m’appelle un jeudi, on fait l’entretien par skype, le vendredi je reçois mon contrat et je le signe par mail, le lundi je suis à 500 km de chez moi. J’ai eu deux jours pour trouver un logement et j’ai voyagé le dimanche. Sur le coup je ne ne me suis pas posé de question, j’ai trouvé ça normal et sympa de trouvé aussi vite un boulot, en plus mes parents m’ont aidé pour les premiers frais. Comme je n’avais aucune expérience hé bien je me suis retrouvé chez le client sans me posé de questions et j’ai commencé à bosser plus ou moins bien mais c’est lui qui me donnait les consignes.

Rétrospectivement, je n’avais eu que des infos vagues de ma boîte, plus tard j’ai réalisé que c’est parce que les commerciaux n’y comprenait rien et que tout ce qu’ils veulent c’est des contrats en se foutant de la qualité du travail, de si on sait faire le boulot ou non ! Le nombre de fois ou je suis tombé sur mon CV [NDLR : le CV transmis par la socité d’AT au client pour faire valoir l’adéquation des besoins du projet avec les compétences du technicien missionné] avec des connaissances de logiciels ou de matériels dont je n’avais aucune idée !! Mais c’est le baratin que vendent les commerciaux et c’est ce qu’attends le client. Alors du coup on s’adapte, on essaye de compenser le manque de connaissance en bossant le soir, en temporisant, en faisant illusion. et du coup on fait souvent de la merde, mais le client souvent n’y voit rien, quand il voit quelque chose ça arrive qu’il nous prennent en pitié et soit tolérant, quand à la boîte elle s’en fout tant qu’il n’y a pas de vagues. Et si ça se passe mal c’est notre faute et jamais celle du commercial qui a vendu n’importe quoi ou nous a affecté à une mission pour laquelle on n’a pas les compétences !

Alors du coup je m’étais dit, c’est super pour l’expérience, maintenant j’ai l’impression que je suis en prison ! Je suis épuisé en permanence. Mes missions durent entre 2 et 12 mois, à chaque fois j’arrive dans des conditions à l’arrach, il faut que je me batte pour avoir le descriptif de la mission au préalable et souvent ça ne m’aide pas beaucoup car c’est toujours le même blabla généraliste copié et collé d’une offre à une autre.

J’ai donc démarré sans connaitre la boîte, je n’avais pas mis les pieds dans les bureaux, et la première personne [NDLR : de la société d’AT qui avait embauché Maxime] que j’ai rencontré c’est au bout de trois mois lorsque le commercial est venu faire une tournée. Ca a duré un quart d’heure. « Salut » « Ca va ? » « Tu fais un super boulot, continue comme ça » « Ciao ». Pareil, j’ai reçu mes EPI par la poste au bout de deux semaines, heureusement que j’avais pas encore de recettes à faire. [NDLR : c-a-d de vérifications sur le terrain que les équipements fonctionnent comme prévu, dans ce cas les EPI, équipements de protection individuel, sont indispensables]

Les vraies relations je les ai avec le client et les autres prestataires sur les projets qui sont comme moi dans la même situation. De vraies amitiés se créent et ça c’est le bon côté. La seule relation finalement que j’ai avec ma boîte c’est lorsque je vois son nom en haut de ma fiche de paye. Même mes collègues de la boîte qui font le même boulot je ne les connais pas, comment voulez vous qu’on crée des liens. Les syndicats ? je ne sais pas ce qu’ils font, comme le CHSCT, il fait jolis sur le papier, et de temps en temps on reçoit un mail sur les résultats sécurité, sur les risques psychosociaux, qu’elle blague ! Tout ça c’est des mots, la réalité du terrain tout le monde s’en fiche !

C’est insupportable de ne pas savoir où on sera dans 1, 2 ou 3 mois. J’ai 27 ans et mon adresse est toujours chez mes parents ! Cela fait 5 ans que je vadrouille dans toute la France, comment puis-je me fixer quelques part, avoir une famille ?

Et les gars avec qui je bosse sont souvent dans cette situation aussi. beaucoup de divorcés, de mecs qui picolent et qui attendent que ça passe.

On espère tous comme le jackpot d’être embauché par le client,mais ça aussi ça ne vient jamais même si on trouve qu’on fait un super boulot.

On doit voyager le dimanche ou de nuit pour arriver à l’heure, on sait pas où on va loger dans les premiers temps, partir, sans arrêt partir et changer c’est épuisant. Non ce qui est épuisant c’est de ne jamais savoir pour où ou pour quand.

Cela tue, cela bouffe.

Le déplacement n’est pas un problème, le problème c’est qu’on peut rien prévoir, on a toujours la crainte que cela tombe à l’eau. C’est comme une menace permanente et ça épuise. Un rendez-vous chez le toubib, un week-end avec les amis, un barbecue avec ses parents, la période de Noêl en famille, un rendez-vous à la banque, une fille qu’on rencontre et qui nous plait… Tout ça on le fait sans même réaliser qu’on a une boule d’angoisse dans le ventre, on sait pas si ça va pas tomber à l’eau à la dernière minute. Il y a de quoi devenir fou.

Se barrer? pas évident, pourtant je reçois tous les jours des propositions mais ce sont des boîtes d’AT qui cherchent du monde, toujours, encore et encore ça donne le vertige. Ca donne l’impression qu’il n’y a plus de vrai boulot, juste des prestations et le fric le fric le fric et encore le fric et le temps qui manque pour les projets. Les industriels s’en fichent souvent de la qualité et après ils se plaignent qu’une usine explose !

C’est que c’est du marche ou crève, mais l’avantage c’est de vraiment apprendre plein de choses, de voir plein de situations différentes, de devenir expert sur des sujets particuliers, mais le salaire suit pas.

Moi je mets de côté en économisant sur mes frais de déplacement surtout, ça me permet d’avoir quelque chose quand j’en pourrait plus. Et je cherche dans des vraies boîtes BE ou de travaux, celles qui font vraiment quelque chose et pas de l’interim déguisé… Mais ça aussi, les conditions du boulot font que c’est difficile de trouver ailleurs : allez passer un entretien à Toulouse quand vous êtes bloqué à Dunkerque ! Les recruteurs souvent ne peuvent pas attendre, ça aussi ça complique tout mais je sais que je trouverai bientôt et je quitterai sans regret le projet, ma boîte ou le client, c’est fou de s’en ficher autant mais on a vraiment l’impression qu’on compte pour rien. Vous aviez dit que des salariés motivés sont beaucoup plus productifs, c’est vrai.

Le plus dur c’est de trouver l’énergie de partir.

C’est terrible on s’habitue à tout, on finit par tout accepter même l’inacceptable. C’est ça la souffrance au travail.

Maxime

(4 commentaires)

    1. :)
      C’est très bon signe : vous vous libérez de cette situation toxique et vous passez à autre chose.
      Cependant, souvenez vous toujours de ce que vous êtes en train de traverser comme d’une expérience qui, même si douloureuse, est riche et vous rendra plus fort.
      Ne lâchez rien dans vos projets et ils aboutiront !
      D.

      J'aime

  1. Merci,
    ça fait drole de se lire.
    mais oui il faut partir quand ça ne va plus.
    C’est amusant mais hier après midi j’ai eu un appel pour un boulot dans ma région d’origine, je rencontre le responsable vendredi prochain. Un vrai boulot comme je le cherche. C’est étonnant les coïncidences, mais du coup je me sens beaucoup plus détendu, c’est drole.

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