Témoignages

Souffrance au travail : témoignage d’une libération

La souffrance au travail est multiforme mais elle peut être combattue à la condition de pouvoir se ressaisir de son être. Les modalités de sortie sont nombreuses. Ce témoignage en présente une.

Nous avions reçu une contribution spontanée en 2016 d’un de nos lecteurs d’alors. Pour diverses raisons, cette contribution n’avait pas été publiée. Cependant, après l’avoir exhumée dans le cadre de la mise à jour du site, nous décidons de corriger cette injustice.

Un contexte professionnel particulier

M. X était employé dans une société d’assistance technique (convention SYNTEC pour ceux qui connaissent…). Les sociétés d’assistance technique (AT) réalisent des prestations intellectuelles en « plaçant » des gens chez des clients. En d’autres termes, un client qui a besoin d’une compétence particulière pour un projet, plutôt que de recruter ou de former un de ses salariés, va avoir recours à une société d’AT pour s’adjoindre les services d’une personne compétente.

Cette façon de procéder permet au client de pallier aux urgences et aux délais du projet, de maîtriser ses dépenses RH, de contrôler son effectif global en évitant de dépasser certains seuils (plus rare) et d’optimiser sa trésorerie.

L’optimisation de la trésorerie mérite qu’on s’y attarde un petit peu. En effet, comme le salarié missionné est payé par son employeur qui est la société d’AT, l’optimisation se réalise alors principalement sur 2 axes :

  • Tout d’abord les salaires et les accessoires : les salariés des grands groupes sont généralement mieux payés que les prestataires extérieurs et ont aussi de meilleurs avantages périphériques (CE, CP, RTT, primes, etc.). Recourir à une compétence extérieure permet de faire des économies substantielles. (Bien sûr, il n’est question ici que des cas les plus fréquents et non pas ceux d’expertises rarissimes).
  • Enfin, l’amélioration du BFR (Besoin en Fonds de Roulement) et de la trésorerie : le salarié est payé à la fin du mois, un fournisseur à 60 jours maximum à compter de la date d’émission de la facture. La nécessité de mobiliser une trésorerie plus rapidement et plus fréquemment est donc reportée sur la société d’AT qui doit, elle, assurer le versement du salaire à la fin du mois.

La prestation d’activités en AT est un secteur qui se développe particulièrement vite et fort avec parfois des modes d’organisation entraînant des abus dont sont victimes les salariés.

De même, des confusions de postures peuvent apparaître entre les parties conduisant droit au prêt illicite de main-d’oeuvre ou de travail dissimulé. En effet, le salarié côtoie physiquement le client dans le cadre d’un projet, son employeur est loin, souvent peu connu car il est fréquent que le salarié ait été embauché peu de temps auparavant spécialement pour le projet sous le régime des CDIC (Contrat à Durée Indéterminée de Chantier ou Contrat de Chantier. En d’autres termes, un contrat au terme indéterminé seulement par le nom, indéterminable serait plus juste car le contrat s’arrête lorsque le projet aboutit en résumé et en pratique). La proximité physique quotidienne, des termes de fonctionnement mal définis ou non respectés par les parties, un manque de formation de part et d’autre font que le client va se substituer dans les faits à l’employeur légitime et caractériser avec enthousiasme un réel lien de subordination entre lui et le salarié et justifier ainsi la requalification de la relation de travail entre les deux. Ce risque est connu de longue date mais toujours très présent et d’ailleurs l’Usine Nouvelle avait produit un article sur le sujet.

Deux autres caractéristiques fréquentes du contexte à comprendre sont :

  • La mobilité attendue chez les salariés. En effet, les clients des sociétés d’AT sont potentiellement partout en France et à l’étranger, le salarié n’est donc pas assuré de travailler à proximité de son logement ou des locaux de l’employeur.
  • La durée des missions : la durée est aléatoire, elle peut être longue (quelques années) ou très courte (quelques semaines).

Le salarié sait donc qu’il devra partir ailleurs, une fois sa mission terminée, sans savoir ni où, ni pour qui et ni pour combien de temps. Et cette information sur sa prochaine destination lui est souvent inaccessible jusqu’à la dernière minute. Non pas parce qu’elle est cachée, mais parce que les employeurs eux-mêmes sont souvent dans l’ignorance des contrats qu’ils obtiendront. Ceci est même renforcé par les stratégies d’optimisation d’emploi des effectifs par les employeurs pour maximiser la facturation (embauche de CDIC plutôt qu’en réemployer un à une semaine près, CP imposés en intermission, intermission bouches-trous,…). Il faut réaliser que la position des employeurs n’est pas simple non plus : ils sont sur un marché très concurrentiel, les clients expriment leurs besoins à la dernière minute et cela donne souvent peu de visibilité. Attention, ceci ne les excuse pas. Certains employeurs du secteur ont des pratiques commerciales et de management inhumaines et ils pourraient faire leur devis en kg de technicien/jour car ils ne sont finalement que des marchands de viande.

La souffrance du salarié sorti de sa vie peut être vaincue

L’incertitude, la solitude, les liens inconsistants avec l’employeur qui interdisent le sentiment d’appartenance, l’impossibilité d’organiser sa vie personnelle et donc de vivre, tout simplement, créent des situations de souffrance au travail.

C’est ce dont témoigne M. X

Son témoignage est particulièrement intérressant.

En effet, sa situation d’incertitude et de souffrance est clairement établie. D’ailleurs à cette époque nous avions eu pas mal d’échanges privés sur la question.

Ce qui est remarquable, c’est comment M. X a réussi à ne plus être victime des circonstances et à trouver les ressources pour ne pas se laisser enfermer dans un cercle vicieux.

Une très longue mission, loin des siens, l’a conduit doucement à s’ancrer émotionnellement, humainement et socialement dans le territoire où il était détaché.

Cependant, cet ancrage était partiel comme il nous l’avait témoigné : « malgré mon amie, l’appart en commun et le chat, mes valises sont encore dans un coin de notre chambre et elles ne sont toujours pas vidées […] Mlle Y a l’impression que je peux partir d’un instant à l’autre […] elle a raison au fond et ça me rend malade de ne pas savoir où je serai bientôt ni, en fait, finalement, où je suis réellement en ce moment […] »

Cette anecdote des valises a eu une valeur symbolique et a permis à M. X de prendre pleinement conscience qu’il était en souffrance. Le déni battu en brèche, il a pu alors se questionner efficacement.

C’est ce questionnement qui, dans son cas, a été le moyen de lutter contre sa souffrance car il a été le support de sa (re)mobilisation et de sa préservation.

Il s’est saisi spontanément de l’actualité de l’époque, la réforme des retraites et les questions de pénibilité, cherchant à en définir une problématique. Il faut dire que le sujet faisait particulièrement écho à ses propres préoccupations. L’écho est vite devenu miroir nécessaire à la réflexion : il faut s’y réfléchir pour réfléchir.

C’est cette réflexion tout d’abord très formelle qui occupe une bonne partie de son témoignage avant de trouver en conclusion de son texte la perspective utile.

La suite de son histoire : la mise en oeuvre superbe du paradigme d’Hirschman qui décrit les réactions individuelles au mécontentement (nous développerons cette notion dans un prochain article) :

  • Exit : je m’en vais.
  • Voice : je proteste.
  • Loyalty : je me tais et participe.

M. X a fait le choix de l’Exit et il a su voir les échappatoires possibles. Il a été recruté très rapidement par une PME locale avec une reconnaissance de son statut, une augmentation très substantielle de salaire, divers nouveaux avantages mais surtout un projet collectif fédérateur. Il y est encore aujourd’hui et il a pu se projeter dans sa vie.

Dominique CECCHINI


Témoignage et réflexions de M. X, mars 2016


Projet de réforme du code du travail oblige, nous ne pouvons que constater la perpétuelle évolution (ou tentative d’évolution) de nos conditions de travail.

Il ne sera pas question ici, de se lancer dans une analyse farouche de l’intégralité du projet sur le fond.

Il serait beaucoup plus intéressant, à mon sens, de se pencher sur la forme, et notamment la manière dont tout cela est mis sur la table.

Le spectre du 49.3 flottant au-dessus de nos bonnes institutions représentatives, faisant partie intégrante de ce que je qualifierais « d’arme de dissuasion démocratique », dont le bouton n’a été que trop de fois actionné par les derniers gouvernements. Un dérivé en quelque sorte du projet « Manhattan » avec sa Doomsday Clock où minuit sonnerait le début de la dictature et la fin du monde tel que nous le connaissons, nourris depuis notre plus jeune âge aux principes démocratiques et républicains…

Bref, « Keep Calm and carry on » diraient nos meilleurs ennemis d’outre-manche (rugbystiquement parlant cela va de soi) !

Réforme du code du travail, réforme du régime des retraites, réforme de la pensée collective, que de grands travaux et que d’impact sur nos vies respectives.

Abordons la réforme des régimes de retraites qui a introduit un concept très intéressant : la notion de pénibilité.

Je vous l’accorde, une des préoccupations principales de nos concitoyens (dont je fais partie intégrante), est de savoir si retraite il y aura pour les jeunes actifs….et les moins jeunes aussi !!!

L’article 10 de la loi du 20 janvier 2014 garantissant l’avenir et la justice du système de retraites prévoit la mise en place d’un compte personnel de prévention de la pénibilité (CPPP). En fonction des points acquis, le CPPP ouvrira droit à :

  • une formation,
  • un passage à temps partiel en fin de carrière et/ou à un départ anticipé à la retraite.

Les salariés qui effectuent un travail qualifié de pénible peuvent accumuler des points leurs permettant de réduire le nombre de trimestre nécessaire pour partir à la retraite à taux plein. Toutefois, ce compte ne sera pas rétroactif. Le « compte personnel de prévention de la pénibilité » sera créé dès 2015 suite à des négociations internes dans les entreprises et à la définition des postes exposés à de la pénibilité en 2014.

Il sera géré par la Caisse nationale de l’assurance vieillesse des travailleurs salariés (CNAVTS), et par le réseau des organismes régionaux chargés du service des prestations d’assurance vieillesse du régime général de sécurité sociale. Ces organismes enregistreront les points dus aux salariés, et les porteront annuellement à leur connaissance, par internet. Signalons de plus que ces organismes vont avoir un pouvoir de contrôle, sur l’effectivité et l’ampleur des risques évoqués, ainsi que sur l’exhaustivité des données déclarées. Le cas échéant, l’employeur devrait faire l’objet de pénalités, en cas de déclarations inexactes.

Le compte est financé par un fonds, considéré comme un établissement public de l’État. Les recettes du fonds, quant à elles, seront constituées par :

  • une cotisation due par les employeurs au titre des salariés qu’ils emploient et qui entrent dans le champ d’application du compte personnel de prévention de la pénibilité ;
  • une cotisation additionnelle due par les employeurs ayant exposé au moins un de leur salariés à la pénibilité ;
  • toute autre recette autorisée par les lois et règlements.
Focus sur la notion de pénibilité.

L’INRS nous offre une définition :

« La pénibilité se caractérise par deux éléments constitutifs :

  • Une exposition du travailleur à un ou plusieurs facteurs de risques professionnels susceptibles de laisser des traces durables, identifiables et irréversibles sur sa santé.
  • Ces facteurs de risque sont liés à des contraintes physiques marquées, un environnement physique agressif, certains rythmes de travail »

10 facteurs de pénibilités sont réglementairement définis :

  • Contraintes physiques marquées
    • Manutentions manuelles de charges, c’est-à-dire toute opération de transport ou de soutien d’une charge dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement, qui exige l’effort physique d’un ou de plusieurs travailleurs
    • Postures pénibles définies comme positions forcées des articulations
    • Vibrations mécaniques transmises aux mains et aux bras et celles transmises à l’ensemble du corps 
  • Environnement physique agressif
    • Agents chimiques dangereux, y compris les poussières et les fumées
    • Activités exercées en milieu hyperbare
    • Températures extrêmes
    • Bruit
  • Rythmes de travail
    • Travail de nuit sous certaines conditions
    • Travail en équipes successives alternantes, communément appelé travail posté (comme par exemple les 3 x 8 ou 2 x 12)
    • Travail répétitif caractérisé par la répétition d’un même geste, à une cadence contrainte, imposée ou non par le déplacement automatique d’une pièce ou par la rémunération à la pièce, avec un temps de cycle défini
Vous ne remarquez rien ?

Si l’on s’en réfère à la réglementation ci-dessus exposée, nous posons le constat suivant :

Les facteurs de risques professionnels émergents sont concentrés sur la contrainte physique et la contrainte biologique.

La notion de risque psychologique, si je puis l’exprimer ainsi, n’est introduite qu’implicitement, à mon sens, au travers du travail répétitif, avec une cadence contrainte.

Pourquoi contrainte psychologique ? La valorisation du salarié au travers des responsabilités ainsi qu’au travers de la diversité de ces tâches, apparaît là comme un facteur non négligeable dans l’épanouissement de ce dernier C.f. la pyramide de MASLOW.

Réalisons une étude « ergonomique » extrêmement rapide et sans prétentions aucunes :

Les cadences et les tâches redondantes peuvent créer un stress psychologique supplémentaire. Ce stress va avoir un impact sur la concentration du salarié. Cette perte de concentration altérera d’une part, sa vigilance ce qui conduira indéniablement à une situation de risque. De plus, sa vigilance étant impactée, son rendement et sa production le seront tout autant.

Comment définissons-nous le danger ? Si l’on s’en réfère stricto-senso à la définition qui nous en est donnée, « le danger est la propriété ou capacité intrinsèque d’un élément de causer un dommage pour la santé du travailleur ». [NDLR : définition issue de la circulaire d’application du décret du 5 novembre 2001]

La répétition des gestes peut entrainer des TMS à cause d’une altération de la vascularisation des tissus fibro-conjonctifs (tendinite), une usure prématurée des complexes articulaires (arthrose) et au pire des cas un mécanisme d’inflammation chronique (arthrite). Le travail répétitif caractérisé par la répétition d’un même geste apparaitrait donc ici comme une source de danger en elle-même.

Au travers de cette dernière analyse, il est bien entendu que nous avons mis à jour une contrainte purement physique.

Où apparaît donc cette notion de contrainte psychologique, et je dirais même psycho-sociale ?

Si l’on s’en réfère à l’étymologie du mot danger, nous avons d’une part le terme bas latin dominarium qui signifie domination, péril. D’autre part, il y a la souche latine classique dominus : seigneur.

Nous pouvons donc nous laisser aller à quelques extrapolations. Le terme dominus, nous engage dans une réflexion axée sur l’aspect sociologique.

Il est intéressant d’exploiter, non seulement le mot, mais tous ce qui en découle.

Le danger est un péril. Le danger est domination. Le danger ne sera jamais éliminé car il est tout puissant, il est seigneur. Nous sommes donc tous, si l’on s’en réfère à la racine étymologique pure du mot, soumis au danger.

Dans un régime démocratique et républicain comme le nôtre de nos jours, et surtout en France, l’adjectif « soumis » ne rentre absolument pas dans le vocabulaire populaire !

Mais le danger ne rentre pas en compte dans la notion de pénibilité  telle qu’elle est définie !

Le facteur « risque » est pris en compte.

Le législateur a donc mis en place une liste, factuelle, afin de définir qui aura droit de bénéficier de la notion de pénibilité. Par transposition, le risque devient seigneur. Qui dit seigneur, dit immuable au sens réglementaire.

Reprenons la définition de la caractérisation de la pénibilité :
  • Une exposition du travailleur à un ou plusieurs facteurs de risques professionnels susceptibles de laisser des traces durables, identifiables et irréversibles sur sa santé.
  • Ces facteurs de risque sont liés à des contraintes physiques marquées, un environnement physique agressif, certains rythmes de travail »

Comme nous l’évoquions plus haut, le facteur psycho-social n’est que faiblement pris en compte ici.

Quid du « grand déplacement » ?

Le grand déplacement ne peut-il pas être considéré comme un facteur de risque professionnel susceptible de laisser des traces durables, identifiables et irréversibles sur sa santé ?

Qu’en est-il de ce salarié, plein de bonnes volontés, contraint de partir travailler à 800 kilomètres de chez lui pour dans le meilleur des cas faire évoluer sa carrière, et dans le pire des cas pour tout simplement conserver son emploi….

N’y-a-t-il pas une contrainte psychologique importante ici ? N’y-a-t-il pas un risque de schisme du cocon familio-social très important et, à mon sens, beaucoup trop sous-évaluer ? Le désenracinement, les changements de mode de vie, la désocialisation pure et dure.

Il ne me semble pas que ce facteur soit pris en compte pour la notion de pénibilité.

Quels sont les risques ? Dépressions, divorces, enfermements, prise de poids excessive ou amaigrissement anormal (liste non exhaustive).

Le danger principal est donc le déplacement en lui-même et l’étymologie de ce mot prend tout son sens : il nous domine et dans le système social-économique dans lequel nous sommes actuellement, un grand nombre de salariés seront exposés à ce danger.

Ces facteurs de risque peuvent donc avoir un impact sur la santé des salariés.

Il est vraiment regrettable de faire le constat que cette pénibilité ne sera pas prise en compte pour nos futures retraites. Pour les couples qui tiendront, nous nous retrouverons face à un conjoint qui a passé toute sa vie en déplacement et avec lequel nous n’avons presque rien partagé si ce n’est des enfants et un nom.

Pour les autres, nous aurons des personnes seules, ayant enchaînée les séparations et divorces et n’ayant pas eu la joie de voir leurs enfants grandir et s’épanouir dans le cadre d’une famille soudée.

Cela aura pour impact une augmentation des personnes seules et dépendantes, ayant travaillées toute leur vie jusqu’à la fin et n’ayant pas eu l’occasion de bénéficier de cette fameuse notion de pénibilité pour leur retraite….

Mr. X

(4 commentaires)

  1. Des marchands de viandes c’est exactement ça !!
    Bien vu aussi le prix de vente au kilo !
    Cela décrit exactement la situation, je travaille pour une boîte d’AT et je suis projeteur-préparateur en électricité, cela fait 5 ans maintenant que je fais ce boulot, et cela devient insupportable !
    J’ai tout de suite été recruté lorsque je suis sorti de mon DUT et j’ai été envoyé chez un client. Durée du processus de recrutement : 2 jours. J’avais mis mon CV sur un site, la boite m’appelle un jeudi, on fait l’entretien par skype, le vendredi je reçois mon contrat et je le signe par mail, le lundi je suis à 500 km de chez moi. J’ai eu deux jours pour trouver un logement et j’ai voyagé le dimanche. Sur le coup je ne ne me suis pas posé de question, j’ai trouvé ça normal et sympa de trouvé aussi vite un boulot, en plus mes parents m’ont aidé pour les premiers frais. Comme je n’avais aucune expérience hé bien je me suis retrouvé chez le client sans me posé de questions et j’ai commencé à bosser plus ou moins bien mais c’est lui qui me donnait les consignes. Rétrospectivement, je n’avais eu que des infos vagues de ma boîte, plus tard j’ai réalisé que c’est parce que les commerciaux n’y comprenait rien et que tout ce qu’ils veulent c’est des contrats en se foutant de la qualité du travail, de si on sait faire le boulot ou non ! Le nombre de fois ou je suis tombé sur mon CV avec des connaissances de logiciels ou de matériels dont je n’avais aucune idée !! Mais c’est le baratin que vendent les commerciaux et c’est ce qu’attends le client. Alors du coup on s’adapte, on essaye de compenser le manque de connaissance en bossant le soir, en temporisant, en faisant illusion. et du coup on fait souvent de la merde, mais le client souvent n’y voit rien, quand il voit quelque chose ça arrive qu’il nous prennent en pitié et soit tolérant, quand à la boîte elle s’en fout tant qu’il n’y a pas de vagues. Et si ça se passe mal c’est notre faute et jamais celle du commercial qui a vendu n’importe quoi ou nous a affecté à une mission pour laquelle on n’a pas les compétences !
    Alors du coup je m’étais dit, c’est super pour l’expérience, maintenant j’ai l’impression que je suis en prison ! Je suis épuisé en permanence. Mes missions durent entre 2 et 12 mois, à chaque fois j’arrive dans des conditions à l’arrach, il faut que je me batte pour avoir le descriptif de la mission au préalable et souvent ça ne m’aide pas beaucoup car c’est toujours le même blabla généraliste copié et collé d’une offre à une autre.
    J’ai donc démarré sans connaitre la boîte, je n’avais pas mis les pieds dans les bureaux, et la première personne que j’ai rencontré c’est au bout de trois mois lorsque le commercial est venu faire une tournée. Ca a duré un quart d’heure. « Salut » « Ca va ? » « Tu fais un super boulot, continue comme ça » « Ciao ». Pareil, j’ai reçu mes EPI par la poste au bout de deux semaines, heureusement que j’avais pas encore de recettes à faire.
    Les vraies relations je les ai avec le client et les autres prestataires sur les projets qui sont comme moi dans la même situation. De vraies amitiés se créent et ça c’est le bon côté. La seule relation finalement que j’ai avec ma boîte c’est lorsque je vois son nom en haut de ma fiche de paye. Même mes collègues de la boîte qui font le même boulot je ne les connais pas, comment voulez vous qu’on crée des liens. Les syndicats ? je ne sais pas ce qu’ils font, comme le CHSCT, il fait jolis sur le papier, et de temps en temps on reçoit un mail sur les résultats sécurité, sur les risques psychosociaux, qu’elle blague ! Tout ça c’est des mots, la réalité du terrain tout le monde s’en fiche !
    C’est insupportable de ne pas savoir où on sera dans 1, 2 ou 3 mois. J’ai 27 ans et mon adresse est toujours chez mes parents ! Cela fait 5 ans que je vadrouille dans toute la France, comment puis-je me fixer quelques part, avoir une famille ?
    Et les gars avec qui je bosse sont souvent dans cette situation aussi. beaucoup de divorcés, de mecs qui picolent et qui attendent que ça passe.
    On espère tous comme le jackpot d’être embauché par le client,mais ça aussi ça ne vient jamais même si on trouve qu’on fait un super boulot.
    On doit voyager le dimanche ou de nuit pour arriver à l’heure, on sait pas où on va loger dans les premiers temps, partir, sans arrêt partir et changer c’est épuisant. Non ce qui est épuisant c’est de ne jamais savoir pour où ou pour quand.
    Cela tue, cela bouffe.
    Le déplacement n’est pas un problème, le problème c’est qu’on peut rien prévoir, on a toujours la crainte que cela tombe à l’eau. C’est comme une menace permanente et ça épuise. Un rendez-vous chez le toubib, un week-end avec les amis, un barbecue avec ses parents, la période de Noêl en famille, un rendez-vous à la banque, une fille qu’on rencontre et qui nous plait… Tout ça on le fait sans même réaliser qu’on a une boule d’angoisse dans le ventre, on sait pas si ça va pas tomber à l’eau à la dernière minute. Il y a de quoi devenir fou.
    Se barrer? pas évident, pourtant je reçois tous les jours des propositions mais ce sont des boîtes d’AT qui cherchent du monde, toujours, encore et encore ça donne le vertige. Ca donne l’impression qu’il n’y a plus de vrai boulot, juste des prestations et le fric le fric le fric et encore le fric et le temps qui manque pour les projets. Les industriels s’en fichent souvent de la qualité et après ils se plaignent qu’une usine explose !
    C’est que c’est du marche ou crève, mais l’avantage c’est de vraiment apprendre plein de choses, de voir plein de situations différentes, de devenir expert sur des sujets particuliers, mais le salaire suit pas.
    Moi je mets de côté en économisant sur mes frais de déplacement surtout, ça me permet d’avoir quelque chose quand j’en pourrait plus. Et je cherche dans des vraies boîtes BE ou de travaux, celles qui font vraiment quelque chose et pas de l’interim déguisé… Mais ça aussi, les conditions du boulot font que c’est difficile de trouver ailleurs : allez passer un entretien à Toulouse quand vous êtes bloqué à Dunkerque ! Les recruteurs souvent ne peuvent pas attendre, ça aussi ça complique tout mais je sais que je trouverai bientôt et je quitterai sans regret le projet, ma boîte ou le client, c’est fou de s’en ficher autant mais on a vraiment l’impression qu’on compte pour rien. Vous aviez dit que des salariés motivés sont beaucoup plus productifs, c’est vrai.
    Le plus dur c’est de trouver l’énergie de partir.
    C’est terrible on s’habitue à tout, on finit par tout accepter même l’inacceptable. C’est ça la souffrance au travail.

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    1. Bonjour Maxime,
      Merci pour ce témoignage.
      Vous décrivez vraiment bien ce que peut être le vécu dans de tels contextes.
      Je n’ai rien à rajouter à ce que vous avez dit.
      Je pense que vous tenez le bon bout : vous avez pris conscience de la situation, vous ne l’acceptez plus alors partez !
      Je dirai même fuyez ! Comme on fuirait d’un incendie pour se sauver.
      Vous avez des ressources, des compétences, ne vous laissez pas enfermer dans une situation toxique qui consumera votre vitalité.
      Vous vous êtes bâti une très belle expérience dans des conditions difficiles, de très nombreux employeurs seraient heureux de vous recruter et de vous reconnaître à votre juste valeur. C’est une certitude et n’en doutez pas une seconde.
      Travaillez sur ce projet de changement, cherchez, ne vous découragez pas et vous trouverez. De même, le fait de chercher activement ailleurs vous fera du bien au cœur et au corps.
      Pour info, votre témoignage est très instructif, je vais en faire un article.
      Courage et bonne chance à vous.
      D.

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  2. Aujourd’hui les gens ne sont plus heureux au travail, le sens s’est perdu.
    C’est le règne de l’individualisme, chez les patrons comme chez les employés.
    Comment voulez vous que les gens ne soient pas malheureux ?
    Après on peut toujours se plaindre de la concurrence internationale, des gilets jaunes, des chinois ou des autres, c’est de la connerie, si les gens avaient plus de plaisir à travailler on serait plus compétitif.
    C’est exactement cela certains patrons sont des marchands de viande.

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    1. Bonjour Un-s,

      Effectivement certaines situations sont douloureuses.
      Le sens du collectif permet de diminuer la souffrance ressentie au travail, en l’absence de collectif les situations deviennent hautement toxiques.
      Et pour le dire autrement, des salariés plutôt satisfaits sont motivés et beaucoup plus productifs en effet, ce n’est plus à démontrer.

      Merci pour la lecture.

      D.

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